Le tandem dans tous ses états

13 février 2020

À l’occasion de la Saint-Valentin, coup de projecteur sur le vélo de prédilection des amoureux (et des duos en tous genres) : le tandem. Plébiscité à ses débuts, snobé pendant les Trente Glorieuses, ce vélo reconnaissable au premier coup d'oeil est en train de redevenir tendance car il a su s'adapter aux besoins modernes tout en gardant son caractère éminemment convivial.

Il était une fois le tandem

À l’origine, tandem est un mot latin qui signifie, non pas “ensemble” ou “à deux” comme on pourrait naïvement le croire, mais … “enfin”. Dans l’Angleterre pré-victorienne, la mode dans la haute société était aux voitures hippomobiles tirées par des chevaux attelés en flèche, c’est-à-dire l’un derrière l’autre. Pour se moquer de leur longueur excessive, les étudiants britanniques, très versés alors dans la langue latine, avaient mis au point un petit jeu : chaque fois qu’ils croisaient la route d’un de ces attelages, ils attendaient patiemment qu’il leur soit passé devant avant de s’écrier « Tandem ! », effrayant au passage les pauvres chevaux qui n’avaient rien demandé ! Cette expression a suffisamment marqué son temps pour désigner quelques décennies plus tard un autre véhicule caractérisé par sa longueur. Celui qui va justement nous intéresser dans cet article.

Le tandem est né à la fin du 19e siècle, au cours de ce qu’on a appelé la “folie de la bicyclette”. Pour répondre à une demande croissante, les inventeurs redoublent d’imagination, déposant auprès de l’INPI des brevets en pagaille (plus de 500 rien que pour l’année 1902 !), dont bon nombre se révéleront absolument irréalisables. Pour permettre à deux cyclistes de pédaler de concert sur le même engin, on envisage tout d’abord de les installer côte à côte. C’est la naissance du sociable, qui ne connaîtra pas un grand succès. Le tandem lui sera largement préféré, bien qu’il se montre un peu moins avantageux pour taper la discute avec son partenaire.

Très vite, des tandems à trois, quatre, cinq voire six places font leur apparition, qui hériteront en France des noms poétiques de triplettes, quadruplettes, quintuplettes ou, pour aller au plus simple, multiplettes. En Grande-Bretagne, le vélo à deux places se voit affublé du joli surnom de “Daisy Bell”, en référence une chanson populaire de 1892 dont le refrain se termine par ces mots  : ♪ You look sweet upon the street / On a bicycle built for two ♫

Un sociale dans les années 1890-1900
Un exemple de quadruplette au début du 20e siècle
Un tandem en 1900

 

Maurice Schilles et André Auffray, vainqueurs de l'épreuve en tandem aux Jeux Olympiques de Londres en 19808

L’union fait la force

Les courses de tandems sur piste ne tardent pas à faire leur apparition et intègrent même le programme des Jeux Olympiques en 1908 (c’est d’ailleurs la France qui remportera la médaille d’or). Le public de l’époque se montre particulièrement réceptif devant ces compétitions hautement spectaculaires. Le risque de chute s’avère en effet nettement plus élevé sur un tandem que sur un vélo classique en raison des vitesses atteintes et du besoin impérieux pour les deux équipiers de se synchroniser parfaitement. La responsabilité de la conduite incombe au Capitaine. C’est lui qui donne le feu vert pour le départ et a le contrôle du guidon, des freins et des changements de vitesses. Placé généralement à l’arrière, le Stoker semble à priori avoir moins de travail à faire. Mais son pédalier étant dépendant de celui du Capitaine, il a intérêt à respecter à la lettre la cadence qui lui est imposée et s’adapter en une seconde au moindre changement, sans quoi c’est l’équilibre du vélo qui est menacé. La confiance, l’anticipation et une parfaite communication sont donc les qualités indispensables de tout tandémiste professionnel qui se respecte. 

Hauts et bas du tandem

Si l’engouement initial pour le tandem perdure en Grande-Bretagne dans les années 1910-1920, il s’essouffle malheureusement en France, où l’on se préfère se passionner pour une autre invention récente : l’automobile. Il va falloir attendre les années 30 pour que le tandem revienne réellement sur le devant de la scène. L’année 1936 plus précisément, qui marque la généralisation des congés payés, à raison de deux semaines par an. Suite à cette réforme historique (encore merci au Front Populaire !), il n’est pas rare de croiser aux beaux jours sur les routes de France des couples issues des classes populaires pédalant dans un même effort, avec bien souvent leur enfants et leurs valises dans une remorque accrochée à l’arrière de l’engin. 

Pendant les Trente Glorieuses, la voiture devient un luxe accessible pour une grande partie des ménages et le tandem connaît à nouveau une période de vaches maigres. En 1966, les Championnats du monde de cyclisme sur piste accueillent néanmoins une épreuve réservée aux tandémistes amateurs. Les Français et les Tchécoslovaques domineront la discipline jusqu’à ce que l’Union Cycliste Internationale la supprime définitivement en 1994 en raison de sa dangerosité. Aujourd’hui, le tandem de compétition se pratique essentiellement dans le cadre du cyclisme handisport, avec comme principale vitrine les Jeux paralympiques d’été. Les duos sont alors formés d’un guide pilote valide et d’un stocker déficient visuel.

Et 100 ans plus tard, leurs héritiers modernes Olivier Donval et John Saccomandi aux Jeux Paralympiques de Pékin.

Un avenir prometteur

Depuis quelques années, on constate un vrai regain d’intérêt pour la pratique récréative du tandem. On peut facilement trouver plusieurs causes à cela. Le besoin croissant d’activités de loisirs privilégiant le bien-être, la convivialité et l’écologie en est une. L’aménagement progressif d’itinéraires cyclables à travers toute l’Europe (le réseau EuroVélo devrait bientôt franchir la barre des 90 000 kilomètres) en est très probablement une autre. L’offre, surtout, à l’instar des vélos classiques, s’est incroyablement diversifiée, comme en atteste la page bien remplie de notre site consacrée au tandem. Les contraintes initiales de ce type de vélo (encombrement dû la longueur, position danseuse quasi impossible, risque de chute en cas de mauvaises coordination des cyclistes, etc) n’ont donc désormais plus lieu d’être. En fonction de la place dont vous disposez, vous pouvez ainsi choisir entre des tandems à cadre fixe, pliables ou démontables. L’assistance électrique vous permettra de gravir les côtes sans effort. Bon nombre de modèles, comme le tandem hollandais Amsterdam Air 1881, sont équipés de pédaliers indépendants, ce qui les rend plus confortables et simples d’utilisation pour les débutants. À tout moment, le Stoker peut arrêter de pédaler, que ce soit pour se reposer, consulter la carte ou prendre des photos du paysage ! 

Le tandem peut également s’avérer une solution idéale pour les personnes en situation de handicap ou les parents inquiets à l’idée de voir leurs jeunes enfants se lancer seul à vélo. Des vélos adaptés, avec le Stoker placé à l’avant, ont été spécialement pensés pour eux.   Enfin, on trouve même des variations modernes du cousin du tandem : le fameux sociable que nous évoquions au début de cet article ! Bref, après un parcours en dents de scie tout au long du 20e siècle, le tandem semble promis à un bel avenir. Pour nous, c’est même aussi sûr que un et un font deux !